05 février 2021 ~ 0 Commentaire

Brumes sur le détroit, Danielle Auby, La Chambre d’échos – Un témoignage engagé

BrumesMon appréciation : ♥♥♥♥♥ / 5

Ma chronique sur Babelio : Comme un cheval apeuré qui « refuse l’obstacle », je ne vais pas m’essayer à une chronique classique de cet ouvrage qui ne se réfère à aucun genre…

J’y ai d’abord appris une chose : « détroit » et « détresse » ont la même origine latine districtus (lui-même issu du verbe distringere, qui signifie étendre). Et le détroit de Gibraltar, dont il est question ici, est bien un lieu de grande détresse pour les migrants… Remarquons que le détroit de Calais, plus au nord, le devient également….

Ensuite, le texte de Danielle Auby m’a remis en mémoire un poème que j’avais rédigé pour un ami sénégalais à l’automne 2018.

*****

Brumes

Enfants d’Afrique

Les grands-pères de vos grands-pères sont morts pour nous,
Dans les tranchées de cette infame boucherie qu’on nomma guerre.
Les pères de vos grands-pères sont morts pour nous,
Dans les geôles aryennes ou les marches guerrières.

Vos grands-pères sont morts par nous :
Guerres d’indépendance ; quête d’autonomie, d’identité.

Vos pères meurent par nous,
Usés dans nos usines, avant d’être jetés.

Enfants d’Afrique, enfants de famines et de guerres ;
Enfants d’Afrique, enfants de sècheresse et misère ;

Enfants d’Afrique, enfants des routes de l’exil ;
Enfants d’Afrique, enfants en demande d’asile ;

Enfants d’Afrique, je vous aime !

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Il y a peu d’écart entre ce que Danielle Auby et moi avons écrit sur les motivations des migrants…

  • L’auteure de Brumes sur le détroit y ajoute une dimension tragique : peu nombreux sont ces « enfants d’Afrique » à aller au bout « des routes de l’exil » pour atteindre la « demande d’asile » ; plus nombreux sont ceux qui meurent en route, en détresse dans le détroit de Gibraltar, par exemple…
  • Elle complète également en montrant le désarroi de ceux qui restent au pays, qui attendent des nouvelles qui ne viendront peut-être jamais, échouées qu’elle sont sur une plage ou un récif…

Le texte de Danièle Auby est un ouvrage singulier, ni un roman, ni un essai, « plutôt une prière profane, un hommage rendu aux morts, une forme d’espoir… » dit la quatrième de couverture. Un texte qui ne se laisse pas apprivoiser facilement, qui demande du calme et de la concentration. Je l’ai lu comme un long poème de témoignage engagé !

Merci Madame Auby.

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