21 septembre 2020 ~ 0 Commentaire

Le Monde – Pour Pierre Person, ex-numéro deux de LRM, le parti n’est pas « en mesure d’affronter la nouvelle étape du quinquennat »

Mon avis : Après un positionnement totalement incompréhensible lors des élections municipales, que nous prépare donc LREM pour les départementales et les régionales ? Même les adhérents ne le sauront pas, puisqu’ils ne sont jamais consultés…

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CapturePour Pierre Person, ex-numéro deux de LRM, le parti n’est pas « en mesure d’affronter la nouvelle étape du quinquennat »

Le député de Paris quitte la direction de La République en marche et juge, dans un entretien avec « Le Monde », que le mouvement « ne produit plus d’idées nouvelles ».

Propos recueillis par Alexandre Lemarié

Publié aujourd’hui (21/9/2020) à 06h57, mis à jour à 10h28

 

Pierre Person, à Paris, le 19 septembre.
Pierre Person, à Paris, le 19 septembre. LEA CRESPI POUR « LE MONDE »

Député de Paris et numéro deux de La République en marche (LRM), Pierre Person estime que le parti présidentiel n’est plus assez dynamique et n’est pas en mesure d’affronter les échéances de la fin du quinquennat. Pour créer une réaction, il quitte la direction de LRM.

Quatre ans après sa création, quel regard portez-vous sur le mouvement LRM ?

Nous traversons une grave crise sanitaire, économique et sociale. Pour y faire face, Emmanuel Macron a changé la donne, en impulsant un nouveau souffle au gouvernement et au groupe LRM de l’Assemblée nationale. Au parti, rien n’a changé. Est-il en mesure d’affronter cette nouvelle étape du quinquennat ? Pas en l’état actuel. Il ne permet ni de faire vivre nos différentes sensibilités, ni de mener le rassemblement, ni de produire des idées neuves. Cela doit le redevenir.

Quelles conséquences en tirez-vous ?

En 2018, lorsque avait eu lieu l’élection pour la direction du mouvement, en pleine crise des « gilets jaunes », j’avais choisi l’unité, en retirant ma candidature face à Stanislas Guerini. J’ai travaillé dans l’intérêt de notre mouvement depuis lors. Mais je me suis heurté à une organisation trop repliée sur elle-même et qui ne tient pas assez compte de ses « marcheurs », de ses élus locaux ou de ses parlementaires.

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Aujourd’hui, pour donner un nouveau souffle au parti, je fais le choix de démissionner de mes fonctions à la direction de LRM, en quittant mon poste de délégué général adjoint et en ne siégeant plus au bureau exécutif. Je redeviens un militant parmi les militants et reste évidemment membre du groupe parlementaire.

Pour quelle raison ?

Le mouvement est resté dans sa logique de 2017, qui était de porter le projet présidentiel. Mais il ne produit plus d’idées nouvelles. Le travail dans ce domaine est insuffisant. Il faut enfin avoir des débats politiques dans ce parti ! En devenant comme les anciennes formations politiques, il risque tout simplement de disparaître.

S’il veut s’inscrire dans le temps long, exister dans la « maison commune » en cours de création avec nos alliés, il doit mieux définir ce qu’il représente. Il doit avoir sa propre raison d’être, sans porter uniquement en « copier-coller » le message du gouvernement. Ma volonté est de créer un électrochoc. J’invite donc tous ceux qui font partie de la direction du parti à prendre eux aussi leurs responsabilités.

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Vous appelez donc les autres membres de la direction de LRM à démissionner à leur tour ?

Oui. J’invite tous ceux qui veulent bâtir les succès de demain à quitter eux aussi leurs fonctions à la tête du parti pour écrire une nouvelle page.

Remettez-vous en cause la gestion du délégué général, Stanislas Guerini ?

Une simple réorganisation de la direction est prévue, lundi soir, lors d’une réunion du bureau exécutif. Cela montre bien que le parti n’a pas pris la mesure de la situation. Nous sommes dans une phase difficile. Le résultat des élections municipales, l’absence du mouvement dans le débat public et le désenchantement de nos militants sont autant de signes de la nécessité d’un sursaut interne plus fort. Dans ce contexte, des changements cosmétiques et d’habillage ne suffiront pas.

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Stanislas Guerini doit-il lui aussi quitter son poste ?

Il a de grandes qualités humaines, managériales et n’a pas ménagé ses efforts. Le sujet n’est pas personnel mais politique. Au moment où le président de la République a demandé à chacun de se réinventer, je ne crois pas que LRM puisse s’en affranchir.

Votre départ est-il dû à un désaccord sur la ligne politique, qui pencherait trop à droite ?

Le dépassement, ce n’est pas l’effacement. La promesse originelle était de dépasser les clivages, pas d’effacer nos différences. En ce sens, notre unité ne doit pas se résumer à l’unanimité ou à une synthèse molle. Il y a besoin de remettre en ordre le processus démocratique dans notre mouvement et cela passe par l’élection visant à renouveler le bureau exécutif, qui doit avoir lieu en novembre, sans être repoussée en juin 2021 comme le voudraient certains.

Votre démission est-elle liée au projet de Stanislas Guerini, visant à réorganiser l’état-major du parti ?

Non, mon départ n’est en aucune façon un caprice personnel car j’avais la garantie de pouvoir rester numéro deux. Ce n’est pas une question de poste mais l’appel d’un responsable de la majorité à se relever, à renouer avec la promesse originelle et à préparer les victoires de demain.

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A moins de six mois des élections régionales, le parti semble dans le flou sur sa stratégie…

Il faut accélérer la préparation de ce scrutin, sur le programme comme sur les candidats, afin d’éviter un nouvel échec, après celui des municipales. La majorité doit être mieux fédérée pour faire face au Rassemblement national, qui menace de s’emparer de plusieurs régions, comme les Hauts-de-France, l’Occitanie ou la Bourgogne-Franche-Comté.

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Maintenez-vous votre soutien à Emmanuel Macron et participerez-vous à sa campagne pour la présidentielle de 2022 ?

Evidemment ! La raison de mon engagement dans ce mouvement, c’est la vision qu’il porte depuis 2017. Je serai à ses côtés pour tous ses combats. Mon départ vise justement à susciter une nouvelle dynamique. Le président a besoin d’un parti fort pour 2022.

L’Etat doit-il demander des contreparties aux entreprises, dans le cadre du plan de relance ?

Il faut accroître les contreparties et nous y veillerons, notamment sur le maintien de l’emploi, en échange de la baisse des impôts de production. Il ne faut pas reproduire les mêmes erreurs que le pacte de responsabilité de François Hollande.

La politique sécuritaire du gouvernement vous convient-elle, depuis que Gérald Darmanin a été nommé au ministère de l’intérieur ?

Nous sommes attendus sur la lutte contre la délinquance, notamment par nos concitoyens les plus fragiles. Sur le séparatisme, nous devons assumer la complexité de ce sujet et éviter les amalgames.

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Que pensez-vous du projet de loi à venir sur ce sujet ?

Il s’agit d’un débat de société profond sur notre République. Et la République, elle ne peut pas s’imposer d’en haut, elle doit être une évidence. C’est quand elle n’est plus une évidence, parce qu’il n’y a plus de sentiment de justice sociale, que ses adversaires peuvent prospérer et qu’il y a le risque d’une scission.

Ce débat doit contribuer à apaiser et à réconcilier les Français. Et surtout ne pas ouvrir des failles, instrumentalisées par certaines oppositions, permettant de stigmatiser une partie de notre population.

Alexandre Lemarié

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