14 septembre 2020 ~ 0 Commentaire

Humanité et Biodiversité – Les plantes affamées par le déclin du phosphate dans les sols

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Une nouvelle étude fait le bilan de l’appauvrissement des sols en phosphate provoqué par l’érosion consécutive à l’agriculture intensive. Les résultats dépeignent un tableau plutôt inquiétant.

Le phosphore est l’un des piliers de l’agriculture.
Figurant parmi les principaux ingrédients nécessaires à la bonne croissance des plantes, il est naturellement produit sous la forme de phosphates selon un cycle lent qui se prête parfaitement au rythme de la flore sauvage. Mais l’équation devient plus complexe lorsque les producteurs se voient contraints de recourir à l’agriculture intensive pour répondre aux besoins grandissants d’une population humaine (et de bétail) en constante progression.

L’agriculture, première responsable

Une récente étude, publiée dans la revue Nature Communications offre de nouvelles données chiffrées sur l’appauvrissement des sols en phosphore à travers le monde. Les chercheurs y ont découvert que l’agriculture serait responsable de 50 % de la perte de ce précieux minéral, à travers l’érosion des sols. « Nous savions déjà que l’érosion joue un rôle. L’étendue de ce rôle n’avait cependant jamais été quantifiée avec ce niveau de résolution spatiale », commente Christine Alewell, à la tête de l’équipe de recherche.

Bien que certains pays soient en mesure de pallier le déficit en phosphates à l’aide d’engrais minéraux, ou même de nouvelles alternatives vertes, tous n’en possèdent pas les moyens. Ainsi, l’Afrique, l’Europe de l’Est et l’Amérique du Sud, les plus touchées par ce phénomène, disposent de solutions réduites pour le résoudre, soulignent les chercheurs.

« C’est paradoxal, surtout lorsque l’on sait que l’Afrique possède les plus importants gisements géologiques de phosphore, souligne Christine Alewell. Mais le phosphore, qui en est extrait, est exporté à un coût bien supérieur à celui que la plupart des fermiers africains peuvent payer, en comparaison des fermiers européens. » Si l’Amérique du Sud pourra endiguer le problème à l’aide d’engrais biologiques et d’une meilleure gestion des déchets végétaux, la chercheuse explique que l’Afrique, quant à elle, n’a pas cette option.

Une ressource limitée

Le phosphore ne se présente pas sous forme libre dans les sols : on le trouve fixé à des minéraux sous la forme de phosphates. À cause de l’érosion, ces minéraux sont délogés des sols et finissent dans les étendues d’eaux et les zones humides où l’accumulation de phosphore et d’azote provoque une croissance excessive des plantes et des algues (on parle d’eutrophisation). Cette prolifération cause l’appauvrissement, puis l’asphyxie du système aquatique qui est atteint.

« 95 % de notre nourriture est produite directement ou indirectement à l’aide de plantes poussant dans le sol. La perte progressive du nutriment végétal qu’est le phosphore devrait devenir une préoccupation pour tout le monde et pour l’ensemble de nos sociétés. » Afin de réduire leur dépendance, les pays devront repenser leur agriculture et réduire au maximum la fuite du phosphore pour garantir leur sécurité économique, et même alimentaire.

Les chercheurs ignorent à quel moment la pénurie de phosphore deviendra totale pour les agriculteurs. De nouveaux gisements découverts au Sahara et au Maroc offrent un nouvel espoir ; néanmoins, Christine Alewell rappelle que l’accès à ces ressources est avant tout une affaire politique qui pourrait laisser de nombreuses régions démunies.

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