03 juillet 2020 ~ 0 Commentaire

Laurent Joffrin – Libération – Marseille : Pénélope Ghali

Libération 02 juillet 2020
Laurent Joffrin
La lettre politique de Laurent Joffrin

Marseille : Pénélope Ghali

Election volée à Marseille ? On sait que la coalition de toutes les gauches, réunies dans le Printemps marseillais, a gagné haut la main le vote populaire (plus de 13 000 voix d’avance sur la ville). Dynamique d’une campagne alliant les forces politiques progressistes et la société marseillaise, révulsée par les effondrements de la rue d’Aubagne : les électeurs – même si l’abstention forme la vraie majorité – ont clairement exprimé leur désir de changement après vingt-cinq ans d’un règne conservateur faussement bonhomme miné par le clientélisme.

Mais voici que l’héritière mal adoubée de Jean-Claude Gaudin, Martine Vassal, après avoir refusé de reconnaître sa défaite, s’efface au profit d’un autre réac local, Guy Teissier, de manière à rallier les trois voix de Bruno Gilles, dissident de droite qui ne voulait pas de Vassal (la vie politique marseillaise est subtile : il faut suivre…) Il n’y a pas de majorité en sièges, dit Vassal, le jeu reste ouvert. Au vrai, la loi est pour elle. En 1983, Gaston Defferre, ministre de l’Intérieur de François Mitterrand, sentant la défaite arriver à Marseille, avait mitonné une bouillabaisse électorale en divisant la ville en secteurs. Pour faire avaler la soupe, il avait étendu la méthode à deux autres villes, Lyon et Paris, en instaurant là aussi un scrutin par secteur, et donc à deux niveaux. Du coup, un peu comme aux Etats-Unis, toutes proportions gardées, les conseillers élus peuvent inverser la décision des électeurs. Gaston avait gardé Marseille, mais la loi PLM avait largué la simplicité du vote populaire : on pouvait perdre l’élection et gagner la mairie, à l’instar d’un Trump minoritaire remportant la Maison Blanche.

Tel est le calcul de Martine Vassal : elle compte sur une «combinazione» avec des conseillers minoritaires et, peut-être, ceux de la franc-tireuse Samia Ghali, pour devenir majoritaire contre la majorité. Pour l’instant, elle note que le total des sièges de la droite se monte à 42, comme celui du Printemps marseillais. Or, en cas d’égalité, le candidat le plus vieux l’emporte, à savoir Guy Teissier, 75 ans. A moins que Samia Ghali ne rallie la gauche, ce qui assurerait sa victoire.

Depuis dimanche donc, comme dans l’Odyssée, les prétendants se pressent autour de Pénélope Ghali, promettant monts et merveilles pour obtenir la main de la promise, laquelle les fait languir le plus longtemps possible. Elle se voit en Notre-Dame de la garde des quartiers Nord, et cherche, dit-on, à se vendre au plus offrant, ce qui ne serait pas la marque de convictions très affirmées. Samia Ghali vient du Parti socialiste et se présente comme l’avocate énergique du petit peuple relégué dans les rues pauvres de l’Estaque ou de Saint-Antoine, cher à Robert Guédiguian. Prendra-t-elle acte de la volonté de renouveau signifiée par les Marseillais, quitte à négocier au couteau une meilleure situation pour ses mandants si souvent oubliés ? Ou bien, dans un scénario de plus en plus improbable, servira-t-elle de cynique supplétive à une majorité sortante – qui devrait être désormais une minorité sortie – pour prolonger dans la confusion le système qui a grevé si longtemps l’avenir marseillais ? Question de rectitude électorale et de cohérence politique.

LAURENT JOFFRIN
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