27 juin 2020 ~ 0 Commentaire

Laurent Joffrin – Libération – La gifle de Sanofi

Ne pas laisser faire !

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Libération 26 juin 2020
Laurent Joffrin
La lettre politique de Laurent Joffrin

La gifle de Sanofi

Comment ridiculiser le président de la République ? Le groupe Sanofi, un des leaders mondiaux de la santé, a trouvé la méthode. A la mi-juin, il a reçu Emmanuel Macron et entendu ses louanges, dispensées à une entreprise pharmaceutique qui investit en France. Le Président, tout à son projet de «souveraineté économique» dans le domaine du médicament, avait annoncé son intention de «bâtir un nouveau modèle économique». Deux jours plus tard, il passait à l’acte au profit de Sanofi. A Marcy-l’Etoile (Rhône), dans la plus vaste usine de vaccins de l’Hexagone, il a promis une première enveloppe de 200 millions d’euros pour aider l’industrie pharmaceutique et financer des centres de recherche et des sites de production «relocalisés». Une semaine plus tard, le directeur de Sanofi, Paul Hudson, annonce qu’il supprime 1 700 emplois en Europe, dont un millier en France. Difficile de faire plus humiliant.

Certes ces suppressions d’emplois s’étaleront sur trois ans et reposeront sur le volontariat. Mais tout de même : on touche d’un côté, on taille dans les effectifs de l’autre. L’annonce est d’autant plus choquante que le groupe, un des fleurons de l’économie française, réalise chaque année de gras bénéfices, tout en devant une grande partie de ses recettes aux remboursements de la Sécurité sociale. Il est vrai que ce Paul Hudson, un Anglais communicatif, dit-on, s’était déjà distingué en expliquant publiquement qu’il réserverait l’éventuel vaccin contre le Covid que découvrirait Sanofi à une agence américaine. Devant le tollé par lui déclenché, il s’était ensuite excusé platement. La leçon ne lui a guère servi : il récidive aujourd’hui en prenant cruellement le président français à contre-pied.

Conséquence de la crise économique ? En aucune manière. Sanofi est l’un des groupes les plus bénéficiaires de France et son chiffre d’affaires a augmenté pendant la crise du coronavirus. S’il réduit l’emploi, c’est en vertu d’un «plan stratégique» destiné à recentrer la boîte sur les médicaments les plus rentables, au détriment d’autres activités qu’il estime moins juteuses. Acteur mondial, Sanofi s’est historiquement développé en organisant une noria de fusions, d’acquisitions et de délestages.

Le directeur peut arguer qu’il défend les intérêts de son groupe, qui doit anticiper sur l’évolution d’un secteur très compétitif. Peut-être. Mais on peut aussi le soupçonner d’avoir d’abord l’œil sur son cours de Bourse et sur les intérêts immédiats de ses actionnaires, qui exigent des dividendes élevés en toutes circonstances. Champion français aux succès indiscutables, Sanofi tient manifestement pour très secondaire le maintien des emplois français, alors même que ses profits sont en hausse et se montent à quelque 4 milliards d’euros. Aussi bien, il se moque comme de son premier cachet de Doliprane des réactions de l’Etat français. On se demande pourquoi la mondialisation, les multinationales, la logique strictement financière qui domine le capitalisme planétaire, sont si impopulaires. Paul Hudson nous donne la réponse.

LAURENT JOFFRIN
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