08 mai 2020 ~ 0 Commentaire

Laurent Joffrin – Libération – Pour se libérer, il faut se contraindre

Libération 07 mai 2020
Laurent Joffrin
La lettre politique de Laurent Joffrin

Pour se libérer, il faut se contraindre

La France, désormais, ressemble à la barbe d’Edouard Philippe : une partie est moins sombre que l’autre, selon une diagonale comparable. Cette dichotomie se conçoit : on aurait mal compris que les départements nettement moins affectés par le virus obéissent aux mêmes contraintes que les autres. Au Sud et à l’Ouest, les règles seront plus souples, au nord et à l’est, plus contraignantes.

Faut-il s’indigner de ce régime de liberté surveillée ? Difficile. Outre qu’il rencontre une demande majoritaire, il obéit à un paradoxe imposé par la situation : pour que le déconfinement entamé lundi se poursuive, il faudra éviter une éventuelle «deuxième vague» de l’épidémie. C’est-à-dire respecter toutes les précautions nécessaires pour limiter la circulation du virus. A cette condition, les obligations multiples qui organiseront la vie sociale nouvelle pourront être progressivement levées. Autrement dit – désagréable contradiction – pour redevenir libres, il faudra d’abord se contraindre. Dans l’explication de ce paradoxe, Edouard Philippe et ses ministres ont livré une prestation technique, sobre et précise, dont on connaissait d’ailleurs les principales dispositions.

Deux points accroissent un regret rétrospectif. Le gouvernement promet une mise à disposition massive de masques de protection. C’est bien que ces masques sont utiles. Eussent-ils été présents au début de l’épidémie que tout le monde s’en serait nettement mieux trouvé. Même chose pour les tests, dont le rythme devrait atteindre enfin un régime de croisière à la hauteur du défi, quoique le Premier ministre n’ait pas donné de chiffres sur ce sujet, ce qui est inquiétant. Voilà qui contraste avec l’ancien discours : les tests sont une arme secondaire. Non : ils sont essentiels, on l’a vu à l’étranger.

Un point aveugle : le traitement de la deuxième crise qui s’ouvre maintenant, la crise sociale. On pare au plus pressé, par exemple avec les mesures sur le chômage partiel, mais on reste muet sur les demandes patronales, ou libérales, qui préconisent un accroissement du temps de travail et écartent toute contribution supplémentaire des plus aisés. Un silence éloquent : on n’en parle pas, mais de toute évidence, on y pense…

LAURENT JOFFRIN

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