09 janvier 2020 ~ 0 Commentaire

Laurent Joffrin – Libération – Deux ou trois nouvelles de la gauche en Europe

 

Libération 08 janvier 2020
Laurent Joffrin
La lettre politique de Laurent Joffrin

Deux ou trois nouvelles de la gauche en Europe

Quelques hirondelles pour la gauche européenne en crise. Elles ne font certes pas le printemps mais elles font espérer que l’hiver n’est pas éternel. Etreignant un Pablo Iglesias en larmes, Pedro Sánchez a fêté son investiture comme Premier ministre au Parlement espagnol, à la tête d’une coalition entre le PSOE vainqueur des élections législatives et le mouvement Podemos affaibli, qui veut regagner en légitimité grâce à sa participation gouvernementale. Ainsi des socialistes, dont on annonce sans cesse la disparition à son de trompe, gouvernent en coalition trois pays d’Europe du Sud : le Portugal, l’Espagne et l’Italie (cette fois dans une coalition fragile et purement défensive avec le Mouvement Cinq Etoiles, destinée à écarter du pouvoir les démagogues de Matteo Salvini).

Contrairement à un réflexe pavlovien qui cherche le salut dans la radicalisation, ce ne sont pas les socialistes qui ont changé de cap, mais leurs alliés plus à gauche qui ont accepté la logique réformiste en passant un compromis de gouvernement avec leurs partenaires. Remarque corroborée par la défaite cuisante du Labour britannique face à Boris Johnson, sous la houlette du très rouge Jeremy Corbyn. Un motif de réflexion pour la gauche de la gauche française, toujours dominée par la ligne radicale-populiste de La France insoumise.

Autre sujet de méditation : la coalition a priori étrange qui s’apprête à gouverner l’Autriche et qui réunit les écologistes et le parti très conservateur de Sebastian Kurz, jusqu’à hier allié avec l’extrême droite. Les deux protagonistes se sont mis d’accord sur un programme qui mélange lutte contre l’immigration, baisse des impôts et combat contre le réchauffement climatique (l’Autriche vise désormais la neutralité carbone en 2040). Un tropisme qu’on retrouve en Allemagne où les Verts, forts de leurs récents succès électoraux, envisagent de gouverner avec la CDU/CSU d’Angela Merkel, ou encore en Suisse alémanique, où les écologistes ne dédaignent pas un rapprochement avec les conservateurs.

On néglige souvent en France cette ambiguïté inhérente à la doctrine écologique. S’il s’agit de conserver la planète, on peut très bien imaginer des recoupements avec ceux qui prêchent depuis toujours le conservatisme. Le localisme, l’ode à la terre, la préservation des environnements traditionnels, l’éloge des limites, la méfiance envers le libre-échange, peuvent se marier, après tout, avec le conservatisme social. La petite revue Limite exprime régulièrement ce souhait.

On en perçoit d’ailleurs l’écho feutré dans les débats qui traversent le parti vert. Julien Bayou, dirigeant d’Europe Ecologie-les Verts, tient à l’ancien ancrage à gauche des écologistes français. Mais d’autres doutent de l’utilité de la classique opposition droite-gauche, considérant que l’urgence climatique transcende les clivages traditionnels. Flou sur la question, Yannick Jadot balance manifestement entre les deux orientations. Certains le soupçonnent même de vouloir un jour gouverner avec La République en marche. Procès d’intention à ce stade. Mais si un Macron réélu voulait élargir sa majorité, la question pourrait prendre corps. Politique-fiction ? Certes. Mais aussi logique doctrinale.

Erratum C’est à tort que nous avons imputé hier à l’agence Images 7 la représentation de Roman Polanski. Nos excuses.

LAURENT JOFFRIN
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