28 décembre 2019 ~ 0 Commentaire

Humanité et Biodiversité – Méthode Miyawaki = recréer une forêt naturelle et ce, rapidement

Publié dans Milieux naturels, aires protégées le 27.12.19
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Qui est Akira Miyawak?

C’est un vieux Monsieur (plus de 90 ans) et éminent botaniste et écologue ayant étudié dans des universités japonaises et allemandes et particulièrement l’écologie des forêts naturelles à partir des zones boisées autour des temples japonais (zones à fort gradient de naturalité et sans intervention de l’homme) et la germination des graines.
Il a créé une méthode de reconstitution de forêts naturelles constuite à partir de deux concepts d’écologie, liés l’ un à l’autre = I) l’écologie rétrospective, II) végétation naturelle potentielle.
- L’écologie rétrospective vise à comprendre les origines des caractéristiques d’un écosystème ou de populations d’espèces et leur dynamique évolutive. Elle est fondée sur des observations de terains croisées autour de diverses disciplines incluant paléontologie, archéologie et histoire.
- La végétation naturelle potentielle est la végétation qu’on supposerait sur une site s’il n’avait pas subi d’influence humaine significative.

I) En quoi consiste sa méthode ?

I -1) Pourquoi reconstituer des forêts naturelles ?
Miyawaki part du constat qu’en matière de protection des forêts naturelles, le sommet de la Terre de Rio (1992) a échoué. Lequelles continuent à régresser et se dégrader. Cette alerte est partagée par de nombreuses autres personnalités ( voir par exemple article du Monde du Pr Francis Hallé, du chercheur Frédéric Durand et de Nicolas Hulot = forêts tropicales naturelles = c’est fichu. Or ces forêts naturelles rendent à bon compte de multiples services indispensables à la vie des hommes que de plantations axées sur la production de bois ne peuvent rendre (voir à cet effet le rapport de notre Président Bernard Chevassus-Au-Louis sur les services écosystémiques rendus par les écosystèmes ntoament les forêts = https://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/04Rapport_biodiversite_28avril2009_.pdf).
Pour Miyawaki, il y a donc urgence pour les hommes à reconstituer des forêts naturelles car les méthodes actuelles sylvicoles en simplifiant et chuintant les trajectoires écologiques forestières rendant les forêts moins utiles et surtout moins résilientes face aux changements globaux, climatiques notamment..

I-2) Comment reconstituer des forêts naturelles ?
Sa méthode consiste à restaurer des forêts indigènes à partir d’arbres natifs sur des sols sans humus, très dégradés et déforestés et ce, rapidement, de manière très interventionniste compte-tenu de l’urgence. Sa méthode vise à reconstituer un faciès et une structure forestières, riches, denses et efficacement résilientes et protectrices en 20 à 30 ans au lieu des 150-200 ans nécessaires en zones tempérées et 300-400 ans en zone tropicale.

Le séquencage des opérations  est le suivant  (en 6 points) = 

1- étude de station ( consiste à définir au sein  d'une forêt une zone de terrain
homogène au plan du climat, du relief, du sol et de la végétation présente) et
carte de la végétation existante. 
2- carte de la végétation  naturelle potentielle (détermination  des essences à
planter en cherchant une  grande diversité = espèces principales et espèces
d'accompagnement, 60 essences s différentes par site en zone tropicale)
3- choix des graines en privilégiant une collecte locale  ou à proximité (contexte
géoclimatique comparable de graines d’essences natives diversifiées et adaptées
au contexte (sol/climat).
4- production  en pépinière ( germination avec problème des graines
récalcitrantes et des levées de dormance) production de plants mycorhizés et
culture en pépinière sur près de 2 ans
5- préparation du sol en visant à recréer de l'humus et de la litière par apport
de matière organique (par exemple = 3 à 4 kg de paille de riz par m2) voire
réalisations de buttes si terrain inondable
6- mise en terre de plants (30 cm de haut minimum) de manière très dense (il est
cité 15 à 50 plants par m2 en zone  tempérée et près  de 300 plants au m2 en zone
tropicale) et disposé de manière aléatoire (pas de plantation en ligne ou autre
quinconce) sauf répartition creux/bosses selon le terrain (dans les creux les
essences aimant l'humidité, sur les bosses celles qui l'aiment moins). 

I-3)Quelques réalisations
On cite principalement comme travaux de recréation de forêts naturelles selon sa méthode ( liste loin d’être exhaustive) =
- certains sites de la grande muraille de Chine
- terrains d’assiette de l’acierie d’Oita au Japon
- terrains autour du port de Yokohama
- terrains autour du surégénérateur de Monju
- reconstitution de la forêt de Bintalu au Sarawak
- reconstitution de forêt à Concepcion au Chili
- boisement de la zone économique spéciale de Putong ( Shanghai)
Sur la muraille de Chine, cette technique a permis de reconstituer une chênaie très diversifiée sur de la roche quasi nue. Autour d’une aciérie, une forêt a pu revenir sur un sol minéral et pollué. Des réussites étonnantes.

Miyawaki insiste également pour décrire et protéger les zones où sont présentes des esences ayant naturellement des caractéristiques génétiques remarquables ( diversité intraspécifique) ainsi que des banques de conservation de matériel végétal (notamment banques de graines). Précuseur car l’UICN lors du dernier congrès mondial de la Nature d’Hawai a indiqué importante de telles catégorise d’aires protégées et leur a affecté la catégorie IV.
Il a une très abondante bibliographie constituée de plusieurs dizaines de livres, d’articles et de conférences données à travers le monde.

II) Analyse

II-1 Aspects positifs

Cette méthode est rapide.
Elle inclue la reconstitution d’humus et de litière et via l’usage de plants mycorhizés recréer une ambiance fongique forestière. Elle préconise dans ses expériences asiatiques la paille de riz comme reconstituant de la litière mais on peut utiliser bien sûr des produits plus locaux ( bois raméal fragmenté, pailles diverses autres que riz …).
Cette création de forêt stocke du CO2 dans sa phase de croissance.
Elle est très utilisée pour reconstituer des micro-forêts ( projet « minibigforêt » à Nantes) et mise en avant par bon nombre de start’ up oeuvrant dans le mécénat forestier ( comme Reforest action).
Elle est très usitée pour créer des espaces boisés en ville

II-2) Aspects négatifs
Cette méthode est coûteuse et la plantation n’est guère mécanisable (chantier pénible).
De ce fait, elle n’est utilisée que sur de petites surfaces et dans des sites particuliers ( zones urbaines, zones de compensation).
En pleine campagne ou forêt, elle peut être vite affectée par l’environnement. En effet, la surabondance d’herbivores (ongulés, lapins …) peut annihiler la plantation ou nécessiter un surcoût (engrillagement, protection individuelle des plantes, répulsifs …) avec un contrôle des effectifs des animaux concernés (reprise ou tir).
A contrario l’absence de certains animaux disséminateurs de graines (singes, tapirs .. en zone tropicale, geais et écureuils chez nous ) en diminuent la diversité et le potentiel de résilience (sauf à les réintroduire aussi!).
De même des déséquilibres sur terrains adjacents peuvent la compromettre (comme par exemple une forte dynamique de hannetons sylvestres et chênaies, pyrale et buxaies).
Enfin, certains événements ( tempêtes, feux, occupations illégales ..) peuvent nécessiter des plantations en regarnis.
Les plantations sont diverses en espèces et denses mais ont lieu toutes en même temps ( que des plants de deux/trois ans élevés en pépinière puis introduit). On obtiendra donc un peuplement de même classe d’âge à horizon de 20 à 30 ans (avec le temps cela s’irrégularisera bien sûr).
Elle ne prévoit pas en cas d’action de rééquilibre des sols ( amendement calco-magnésiens par exemple) à ne pas négliger pour la future forêt quand on travaille sur des sites fortement dégradés.
Elle a été bien testée en zone tempérée et tropicale, peu en zone méditerranéenne, boréale et de haute montagne.
Ne pas oublier aussi que la forêt est mutifonctionnelle et a aussi une importante fonction d’accueil ( des promeneurs du dimanche aux ramasseurs de champignons en passant par les gamins qui y construisent des cabanes). On ne peut pour des questions de sécurité et d’aménagement de base ne pas laisser une totale libre évolution sur des espaces forestiers en certains sites (notamment urbains ou touristiques).

En conclusion

C’est éminemment une bonne méthode certes coûteuse et qui correspond des situations particulières. Elle permet de reconstituer très rapidement une  forêt diversifiée en arbres et arbustes y compris sur des sols extrêmement dégradés mais elle peine dans l’arrivée de la flore et de la faune forestières. Ne pas oublier qu’elle nécessite une surveillance du terrain et n’exonére pas d’interventions complémentaires rectificatrices de problèmes survenus lors de la vie du peuplement. Ne pas oublier aussi la multifonctionnalité des forêts dans le choix de libre évolution.

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