03 novembre 2019 ~ 0 Commentaire

La reine des pommes, Chester Himes, Gallimard/carré noir – Truculente satire de l’Amérique des années 50

HimesMa critique sur Babelio : A Harlem, le roi des naïfs, la reine des pommes, c’est Jackson. Imabelle, sa petite amie, n’en veut qu’à son argent. Pour arriver à ses fins, elle s’acoquine avec trois malfrats, rois de l’arnaque, violents mais maladroits. Jackson n’a d’autres recours que Dieu, qui ne lui est pas d’un grand service, et son frère Goldy, petit escroc et bonne soeur à la ville, qui, flairant le bon coup, tente lui aussi à le posséder. Comble de malchance, Jackson tombe sur les deux flics les plus impitoyables de Harlem, Ed Cercueil et Fossoyeur Jones. Mais Il a la foie Jackson, en Dieu et en Imabelle, et il est prêt à aller jusqu’au bout pour sortir, croit-il, sa belle du pétrin…

La reine des pommes est le premier roman policier de Chester Himes, un roman écrit en anglais, mais initialement publié en Français (l’auteur vivait à Paris et c’est Marcel Duhamel qui l’a convaincu de se lancer dans le polar). Il inaugure la série Ed Cercueil et Fossoyeur Jones.

J’ai lu, et aimé, ce roman il y a plus de 30 ans (mon exemplaire a été imprimé en 1984 !), et je viens de le relire avec un très vif plaisir.

Le texte est porté par une écriture extrêmement imagé, avec beaucoup d’humour, un humour souvent grinçant ; une écriture truculente, que Pagnol a certainement appréciée s’il a lu C. Himes.

HimesL’intrigue, noire et violente, totalement délirante, n’est qu’un prétexte pour :

  • analyser une psychologie simplifiée des personnages, autour de deux grands traits de caractères : crédulité/roublardise et bonté/violence, le versant noir l’emportant le plus souvent…
  • dénoncer le sort réservé aux noirs par les blancs, dans les années 50, sans quasiment jamais en parler ; un tour de force ! Harlem, un monde noir, est ghettoïsé, on le devine, par les blancs, mais ceux-ci sont quasiment absents du roman, à l’exception de quelques policiers figurants et, personnages plus marquants, du très intéressé entrepreneur de pompes funèbres et du district attorney qui synthétise l’affaire dans les dernières pages.
  • dénoncer l’attitude des noirs qui répondent aux violences subies des blancs, par la violence entre eux, reproduisant, à l’encontre des plus faibles d’entre eux, le comportement de « l’oppresseur » blanc.

Certains disent que ce roman est daté, et il faut bien reconnaître que le Harlem du début du 21ème siècle n’as plus grand chose à voir avec le Harlem de Chester Himes. Mais peut-être n’a t’on fait que déplacer le problème un peu plus au nord, vers le Bronx ?

Je trouve pour ma part le sujet encore très d’actualité : combien de Jackson se sont faits plumer dans les magouilles financières de cabinets tels que Mossack-Fonseca (voir le film The Laundromat : L’Affaire des Panama Papers, de Steven Soderbergh, sur Netflix) ? Sans parler des islamistes, dont l’argent ne vient ni ciel ni de la sueur du travail, qui croient reproduire les violences subies lors de la colonisation, et qui ont tué plus de musulmans que de chrétiens…

Une satire truculente de l’Amérique des années 50 qui pourrait être transposée sur des sujets au coeur de l’actualité.

 

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