26 septembre 2019 ~ 0 Commentaire

Laurent Joffrin – Libération – La loi contre les populistes

Libération 25 septembre 2019
Laurent Joffrin
La lettre politique de Laurent Joffrin

La loi contre les populistes

Les nationalistes ont décidément un problème avec la démocratie. Ils refusent de comprendre – ou d’admettre – que dans un régime de droit, la loi est faite non par des hommes seuls mais par des représentants du peuple et que ces lois doivent être conformes à la Constitution. Il leur vient difficilement à l’esprit qu’il n’est pas de liberté sans le respect des chambres parlementaires et des cours constitutionnelles. Ils comprennent encore moins que celles-ci sont fondées à se défendre si elles sont attaquées.

Ainsi Boris Johnson, qui a suspendu le Parlement de Westminster contre tous les usages, est-il tombé sur un bec. Une dame fort digne, Lady Hale, présidente de la Cour constitutionnelle britannique, a déclaré sa décision «illégale, nulle et non avenue». Une gifle méritée et sans appel.

Donald Trump, qui gouverne essentiellement à coups de tweets insultants, doit maintenant faire face à une procédure de destitution lancée par les démocrates de la Chambre des représentants, où ils sont majoritaires depuis leur succès aux élections de mi-mandat (que Trump avait présentées comme sa victoire…). La procédure a peu de chances d’aboutir, dans la mesure où les républicains sont majoritaires au Sénat. Mais l’enquête risque d’être quelque peu gênante pour le Président : selon les documents produits par la presse américaine, il a demandé au président ukrainien (en revenant à la charge huit fois, selon le Wall Street Journal) de l’aider à discréditer un rival électoral en échange du déblocage d’une aide à l’Ukraine, manœuvre qui, si elle est avérée, vaut effectivement impeachment.

Pendant l’été, Matteo Salvini, qui se voyait déjà en Duce élu, a été éjecté du pouvoir par un renversement d’alliances parlementaires parfaitement légal (et usuel en Italie). Ce changement de coalition avait été favorisé par les «décrets Salvini» sur l’immigration. Le ministre de l’Intérieur avait fait passer à la hussarde un ensemble de règles à la constitutionnalité douteuse dirigées contre les ONG recueillant des migrants en Méditerranée, ce qui avait choqué une partie de ses alliés du Mouvement Cinq Etoiles.

A chaque fois, ces trois leaders «patriotes», comme dirait Trump, ont justifié leurs décisions expéditives par la souveraineté du peuple, qu’ils opposent aux règles de droit et aux usages parlementaires. Or il faut le répéter : la démocratie ne se réduit pas à la souveraineté populaire. Si le peuple décide souverainement d’élire un dictateur, il met en place une dictature, non une démocratie. Et s’il décide de violer la Constitution ou bien les droits du Parlement, il sort de la légalité. A moins de changer la Constitution grâce à une procédure régulière, ce qui requiert une majorité qualifiée. Aucun de nos trois cavaliers de l’apocalypse populiste ne l’a fait : il est donc parfaitement légitime de s’opposer à eux par tous les moyens légaux.

LAURENT JOFFRIN
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