06 septembre 2019 ~ 0 Commentaire

Démocratie directe : ce que nous enseigne l’affaire du brexit au Royaume-Uni

démocratie directe 1Je l’ai déjà écrit, je suis de ceux qui pensent qu’il ne faut pas avoir peur de la démocratie directe. Encore faut-il savoir choisir les sujets soumis à un vote direct des électeurs, via référendum, et expliquer tous les tenants et aboutissants…

A cet égard, l’affaire du brexit au Royaume-Uni est lourde d’enseignements : surfant sur une vague de mécontentement populaire, comme en connaissent la plupart des pays de l’Union Européenne, un quarteron de populistes, conduit par Nigel Farage et Boris Johnson, parvint à faire croire que l’Europe était la source de tous les maux et obtint le résultat que l’on connaît : une majorité des électeurs vota pour la sortie de l’UE, alors que la majorité des parlementaires et le gouvernement, celui-là même qui a organisé le référendum, y étaient opposés !

Il y a là un résultat qui ne saurait nous étonner : depuis 1969, lorsqu’ils sont convoqués pour un référendum, les français ont l’habitude d’exprimer un vote de mécontentement plus qu’une réponse à la question posée… On ne peut donc en vouloir à nos amis anglais ; nous aurions peut-être fait comme eux. Il y a là un premier enseignement : quand on soumet une question à référendum, on peut obtenir une réponse à une question qui n’était pas posée mais qui constituait la principale épine dans le pied des électeurs…

Ensuite, force est de constater que si les avantages à sortir de l’UE ont été largement vantés par les partisans du brexit (au-delà du raisonnable même, puisque certains d’entre-eux, à commencer par le nouveau premier ministre de sa majesté, sont traînés en justice pour mensonge !), les difficultés à sortir de l’UE, notamment la rupture de tous les traités européens, ont été totalement passés sous silence, y compris par l’opposition travailliste. Sans parler des risques et inconvénients majeurs (par exemple les droits de douane ou les frontières avec l’Irlande) !

Bref, on a convoqué les électeurs britanniques devant le urnes sur une question simple « Souhaitez-vous ou non quitter l’Union Européenne ? », sans jamais leur expliquer le prix à payer pour ce faire.  Le résultat est que le peuple a répondu oui, mais qu’aucun de ses représentants n’est prêt à en assumer les conséquences… Aucun ? Non, même pas Boris Johnson ! Je n’ai aucun doute, s’il devait réussir dans son passage en force et obtenir un « brexit no deal » fin octobre 2019, il démissionnerait quelques semaines plus tard pour ne pas en assumer les conséquences.

democratie directe 2Est-ce que cela nous dit que le peuple manque d’intelligence ? Evidemment non ! Mais, et c’est là le second enseignement, cela nous dit qu’il y a des questions complexes, aux conséquences lourdes et pas toujours prévisibles, auxquelles on ne saurait répondre par un seul oui ou non sans être éclairé sur les conséquences et les trajectoires possibles. Si on avait clairement dit au britanniques « il faudra 3 ans pour mettre en place le brexit, puis nous aurons 5 années de récession, et ensuite ça ira peut-être mieux », auraient-ils voté pour la sortie de l’UE ?

Transposé en France :

  • Si on avait soumis l’abolition de la peine de mort ou le mariage pour tous à un référendum, ces réformes auraient-elles pu être mises en place ? Pourtant, plus grand monde ne les conteste aujourd’hui.
  • Si on soumettait à référendum les réformes à venir sur la bio-éthique, aurait-on une chance de faire bouger les lignes ? Pourtant la société civile attend des politiques des avancées, ou des clarifications, sur la PMA ou la GPA.

On voit qu’il s’agit là de sujets beaucoup plus complexes que le choix de privatiser ou non une partie d’Aéroport de Paris ou de la Français des Jeux. Encore que, quand l’opposition veut organiser un référendum surs ces sujets, j’aimerais qu’elle nous explique où elle trouvera l’argent qui ne rentrera pas dans les caisses de l’état…

 

 

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