17 avril 2019 ~ 0 Commentaire

Fondation Jean Jaurès – Face au déterminisme social : le capital républicain

Jean JaurèsEn France, nous vivons dans une société d’héritiers, où le patrimoine économique se trouve de plus en plus concentré. L’école et l’université devraient compenser l’inégalité croissante de la distribution du patrimoine économique mais, dans les faits, l’accès aux études supérieures reste marqué par une forte reproduction sociale. Pour redonner du sens à l’idéal républicain, selon lequel le mérite, le travail, l’effort doivent l’emporter sur la naissance et les positions acquises, l’Observatoire de l’économie de la Fondation propose la création d’un « capital républicain » destiné à tous les jeunes. 

Nous vivons dans une société d’héritiers. Aujourd’hui, 55 % du patrimoine des ménages provient de l’héritage. En prolongeant la tendance observée depuis les années 1970, on pourrait atteindre 80 % de patrimoine hérité en 2050, soit le niveau du XIXe siècle. Le patrimoine économique se trouve donc de plus en plus concentré, et les réformes fiscales récentes (suppression de l’ISF, flat tax) aggravent la situation.

L’école et l’université devraient promouvoir l’égalité des chances, compenser ainsi l’inégalité croissante de la distribution du patrimoine économique et constituer « le patrimoine de ceux qui n’en ont pas ». Dans les faits, l’accès aux études supérieures reste très inégalitaire, et marqué par une forte reproduction sociale. Un enfant d’ouvrier ou d’employé a encore aujourd’hui deux fois moins de chances qu’un enfant de cadre d’obtenir un diplôme du supérieur. Il a deux fois plus de chances de sortir du système scolaire sans diplôme. La concentration du capital humain, et sa transmission par héritage, redouble donc celle du capital économique.
Cette situation porte gravement préjudice à l’idéal républicain, selon lequel le mérite, le travail, l’effort doivent l’emporter sur la naissance et les positions acquises.
Pour donner à chaque jeune les mêmes chances d’insertion professionnelle et sociale, nous proposons la création d’un « capital républicain » destiné à tous les jeunes.
Le capital républicain prend la forme d’un capital monétaire correspondant au coût des années d’études dont le jeune n’a pas bénéficié, mesuré l’année de ses 21 ans révolus. Le capital républicain serait ainsi de l’ordre de 60 000 euros pour un jeune sorti du système scolaire sans autre diplôme que le brevet des collèges. Il serait de 35 000 euros pour un jeune sorti au niveau du bac. Tous les jeunes sortis du système éducatif sans un diplôme de niveau licence (bac+3) bénéficieraient du capital républicain, pourvu qu’ils aient fait l’effort d’atteindre au moins le niveau d’études de leurs parents. Ce dispositif pourrait concerner chaque année 400 à 500 000 jeunes, soit 60 à 70 % de chaque génération.
Le capital républicain pourrait être utilisé par chaque jeune concerné pour financer de la formation, un projet de création d’entreprise, le permis de conduire ou toute dépense d’investissement favorisant l’insertion professionnelle et sociale.
Le dispositif coûterait 8 à 10 milliards d’euros par an au budget de l’État. Il serait financé par une taxation plus forte du capital économique, soit ses revenus, soit sa détention, soit sa transmission.
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