09 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

Gilets Jaunes – Quelles leçons retenir de ce mouvement

LGEAI 8 DEC 2018 GJ PARISPremier constat : il s’agit d’un mouvement extrêmement minoritaire. Au plus fort de la mobilisation, le 17 novembre, entre 0,5% et 1% de la population française a participé aux manifestations, pourtant organisées dans de très nombreuses villes. J’ai connu beaucoup plus, y compris dans un passé récent. Et qu’on ne dise pas que le seul coût des transports a dissuadé le plus grand nombre d’y participer ! 

Cette mobilisation a assez rapidement décru, alors que la violence montait en puissance pour culminer le 1er décembre. Il y a sans doute un effet de lassitude, mais j’y vois surtout l’effet repoussoir des casseurs, quelles que soient leurs motivations (groupuscules extrêmistes ou Gilets Jaunes en colère).

Second constat : Il s’agit d’un mouvement qui semble bénéficier d’une grande sympathie dans la population. Si l’on en croit les divers sondages, à quelques pour cents près, en plus ou en moins, deux tiers des français soutiendraient les Gilets Jaunes. Ce qui est assez contradictoire avec le faible taux de mobilisation. Cela peut s’expliquer par différents facteurs :

  • le catalogue des revendications des Gilets Jaunes est tellement vaste que chacun peut y trouver un ou deux points d’intérêt, sans pour autant adhérer à l’ensemble.
  • La désespoir est tel que la population ne trouve même plus la force de se mobiliser pour manifester.
  • Les Gilets Jaunes ont un large éventail de revendications, mais ne proposent rien de réalistes… Ce facteur me semble confirmé par un récent sondage qui ne donnerait que 12% à une liste Gilets Jaunes aux prochaines élections ; un grand écart avec les chiffres de sympathie : on les aime bien, mais on ne leur ferait pas confiance pour gouverner…
  • Et j’en oublie certainement des tas d’autres…

Troisième constat : le plus grave est qu’on soit face à une très grande majorité si désespérée qu’elle ne trouve même plus les moyens de réagir et laisse agir les autres par procuration. Cela nous conduit tout droit :

  • soit à une abstention massive aux prochaines élections, ce qui donnera encore plus de poids à ceux qui contestent déjà la légitimité des élus.
  • soit à un vote massif pour les extrêmes, au seul motif que « ceux-là, on ne les a pas encore essayés », comme on a pu l’observer en Italie ; c’est ma plus grande crainte !

Quatrième constat : c’est plus la méthode de gouvernement qui est contestée que le cap choisi. Dans leur grande majorité, les français ne contestent pas qu’il faille réduire les déficits budgétaires, réformer les services publics pour en améliorer la qualité, permettre aux entreprises d’investir pour créer de l’emploi et réduire le chômage, davantage protéger l’environnement et lutter contre le réchauffement climatique.

En revanche ils n’acceptent pas de « payer plus aujourd’hui pour gagner plus, ou vivre mieux, demain. » Surtout si une partie des gains attendus est confisqué par d’autres (exemple des collectivités qui ont profité de l’annonce de la réduction de 30% de la taxe d’habitation pour augmenter la base d’imposition et/ou le taux d’imposition pour confisquer une partie de la réduction).

Ils n’acceptent pas non plus qu’on leur « donne la leçon », un peu à la façon du Juppé de 1995 : « vous ne me comprenez pas, mais vous verrez que j’ai raison. »

Donc, il faut changer de méthode, et surtout ne pas se contenter de faire de la pédagogie ; expliquer ne suffit plus !

Il faut que chaque français vive concrètement à quoi servent les impôts qu’il paye. Cela signifie qu’il faut que chaque français puisse peu ou prou voir le résultat immédiat. C’est déjà le cas, par exemple, avec le dédoublement des classes de CP dans certaines zones. Ce devrait être le cas pour la hausse des taxes sur le carburant, qui devrait être directement utilisée en investissements dans les transports en communs, l’aide au covoiturage ou les transports « doux » (véhicule électrique, vélo, etc.). Les exemples ne manquent pas.

Il faut sans doute aussi abandonner une trajectoire qui paraît optimale aux dirigeants, celle qui permettrait d’engranger le maximum de bénéfices pour la collectivité en un minimum de temps. Si elle n’est pas comprise – c’est ce que nous vivons – elle peut conduire au chaos ! Mieux vaut choisir une trajectoire moins ambitieuse en termes de résultats, mais plus compréhensibles pour tous, car plus rapidement porteuse de progrès visibles par tous. A cet égard, il y a deux exemples emblématiques :

  • la suppression partielle de l’ISF, perçue comme une réduction d’impôt réservée aux plus riches, qui ne produira les effets attendus sur l’investissement des entreprises, donc sur l’emploi et le chômage, que dans les moyen et long termes.
  • la hausse de la CSG pour les retraités en début d’année, compensée seulement en fin d’année par la baisse de la taxe d’habitation (quand elle n’est pas en partie confisquée par les collectivités territoriales)

Enfin il faut que le gouvernement et le président renoncent à toute forme de condescendance. La société française  présente de nombreuses résistances aux changements. Les ignorer, les brocarder, ou s’en gausser, ne fait qu’envenimer la situation.

Non, je ne regrette pas d’avoir voter 4 fois pour Emmanuel Macron et ses équipes en 2017. Le choix des alternatives, de droite ou de gauche, nous aurait d’évidence conduit à une situation bien pire que celle que nous vivons. Mais il convient d’urgence de changer de méthode, faute de quoi nous n’aurons en 2022 le choix qu’entre ces deux mêmes extrêmes.

 

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