04 décembre 2018 ~ 0 Commentaire

Démocratie Vivante – Contribution de Jean Kaspar en réaction au mouvement des Gilets Jaunes

 

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03 Déc Contribution de Jean Kaspar en réaction au mouvement des Gilets Jaunes

Les évènements liés à l’action des gilets jaunes démontrent à l’évidences que nos modes de régulations politiques, économiques, financières et sociales hérités du 19ième et du 20ième siècle sont aujourd’hui obsolètes et en décalage avec les grandes mutations et transformations qui caractérisent le monde en devenir. C’est ce que traduit fondamentalement, dans ses excès et sa grande confusion, le mouvement des gilets jaunes.

En effet, ces modes de régulations se sont construites dans un monde où l’Etat Nation jouait un rôle déterminant, les ressources naturelles semblaient inépuisables, la question climatique résulter des seules lois de la nature, l’industrie le levier principal du développement économique, la question sociale la résultante du développement économique, l’humain restant soumis à des critères techniques ou économiques jugés plus déterminants.

Petit à petit les nations ont compris qu’il devenait nécessaire de se doter d’instruments permettant une amorce de régulation. Ce fut par exemple la création de l’ONU pour la paix, de l’OIT pour les normes sociales, de l’OMC pour le commerce, de l’OMS pour la santé. Ce fut aussi l’émergence d’entité régionale comme l’Europe et d’autres en Asie, Amérique Latine, Amérique du Nord, Afrique …. Ces institutions avaient pour objet de répondre à des questions sectorielles : la paix, le progrès social, le commerce, la santé, le développement économique, ou la sécurité.

Ces institutions fonctionnent d’une façon spécifique sans véritables articulations entre elles.

Ce fonctionnement montre ses limites à un moment où les interactions entre l’économique, le financier, le social voire le culturel sont essentielles pour trouver les solutions aux problèmes de l’humanité et où l’absence d’une véritable gouvernance démocratique mondiale laisse un pouvoir grandissant aux acteurs économiques et financiers.

En effet qui peut croire par exemple que la persistance de couches de pauvreté à travers le monde ne constitue pas un risque pour la paix ? Que la question de la pollution, sous toutes les formes, ne représente pas des risques majeurs pour l’avenir de la planète et le la vie ? Qui peut croire enfin que le développement économique dépend essentiellement de choix financiers ou technologiques alors que l’intelligence humaine et l’implication individuelle et collective représente un levier d’efficacité sans précédent ?

La réflexion sur de nouvelles formes de régulations, internationales, régionales, nationales et locales s’impose de plus en plus si nous voulons que le 21ième siècle marque un progrès pour l’humanité. Il y a urgence. Pourquoi ?

Aujourd’hui nos sociétés sont bousculées par le développement des technologies de la communication qui permettent à des millions de personnes d’être en relations, d’avoir accès à de multiples sources d’informations, d’exprimer leur point de vue et de s’organiser dans des mouvements spontanés. Le numérique, la robotique et l’intelligence artificielle ouvrent des perspectives nouvelles à la diffusion des savoirs, des connaissances, à l’activité humaine et à l’organisation du débat démocratique. Ces évolutions bousculent et transforment en profondeur le rapport entre les personnes, entre les acteurs traditionnels (gouvernants, partis politiques, organisations syndicales, institutions nationales ou locales). Elles re-questionnent la conception de l’emploi, des qualifications, la nature de la formation, les systèmes de protection et les règles du vivre ensemble.

Le mouvement des gilets jaunes, au-delà des questions de formes (confusion des objectifs, manque d’organisation, absence de cohérence dans l’expression des attentes, radicalisation pour certains) traduit fondamentalement une attente de plus grande justice, de solidarité, de dignité et une exigence de vouloir être mieux et plus impliqué. Ce mouvement interroge nos pratiques démocratiques, sociale et économiques.

Ces attentes ne peuvent pas être réglés en 24h ou par une baguette magique. Les portes paroles des gilets jaunes doivent l’admettre. Cela suppose de la part du Président de la République, du Gouvernement, des Institutions, de tous les élus (à tous les niveaux), des organisations syndicales, des associations qu’ils s’interrogent sur leurs pratiques. Que chacun s’interroge sur la manière d’associer mieux les citoyens à la prise de décision car ce qu’il nous faut inventer ensemble c’est une nouvelle gouvernance du vivre ensemble. Il y a urgence.

Concrètement la question n’est pas comme le dit dans le Parisien du 29 novembre le président des députés En Marche, Mr Gilles LE GENDRE, «..d’embarquer les Français pour qu’ils s’emparent de notre projet de transformations.. ». Ce que nous disent les gilets jaunes et plus largement une majorité de citoyens, c’est qu’ils ne veulent pas être « « embarqués » mais être partie prenante des transformations à opérer. Cette volonté d’être impliqué s’exprime à tous les niveaux : sur le plan national, régional, local et dans les entreprises.

Le Gouvernement n’a pas suffisamment perçu ce mouvement de fond. La façon dont le Premier Ministre a évacué, il y a une quinzaine de jours, la proposition de L. BERGER suggérant l’élaboration d’un pacte social, en est l’illustration. De son côté, le Président de la République a trop sous-estimé le rôle que doivent jouer les corps intermédiaires dans les processus de transformations.

Les trois mois que le Président a proposé pour faire vivre un processus de discussion avec l’ensemble des acteurs peut contribuer à faire émerger de nouvelles formes de régulations articulant l’implication des pouvoirs publics avec celle des partis politiques, des organisations professionnelles (patronat et confédérations syndicales), des collectivités territoriales, des associations et des citoyens (gilets jaunes).

Cela ne sera pas facile mais reste jouable à la condition, qu’au-delà du processus, des réponses concrètes et fortes soient apportées. Sinon…

 

Jean KASPAR
Consultant en Stratégies Sociales
Ancien Secrétaire Général de la CFDT

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