17 octobre 2018 ~ 0 Commentaire

Humanité et Biodiversité – Rapport du GIEC, quelles implications pour la biodiversité ?

Publié dans Climat, biodiversité, énergie le 16.10.18
Oneplanet

 

Le lundi 8 octobre, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) rendait public son rapport spécial sur _« les impacts d’un réchauffement global de 1,5°C et les trajectoires d’émissions mondiales de gaz à effet de serres associées ».
Ce rapport s’appuie sur plus de 6000 études scientifiques et a été décliné en un rapport à l’attention des décideurs.

Les principaux messages du rapport

Les effets du réchauffement climatique global affectent déjà les écosystèmes et nos sociétés.
Ces changements climatiques (sécheresses, pluies diluviennes, événement extrêmes, modifications des conditions climatique, transformation d’écosystèmes, etc.) affectent de manières très inégales les différentes régions du monde. C’est sous les pôles et entre les tropiques que les effets sont et seront globalement plus intenses et rapides. En outre, avec le rythme d’émissions de gaz à effet de serre actuel, le seuil de 1,5°C mentionné dans l’accord sur le climat de Paris serait franchi entre 2030 et 2052. Maintenir une température globale inférieure à 1,5°C nécessiterait une transition rapide et sans précédent de nos modes de vie et de production dans tous les domaines. Toutefois, certains effets se maintiendront pendant des siècles ou seront irréversibles, et ce même si la température est maintenue en dessous des 1,5°C. C’est le cas de l’élévation du niveau des mers et océans par exemple. Enfin, contenir la température en dessous des 1,5°C peut permettre de lutter contre la pauvreté et les inégalités sociales.
Le principal atout de ce rapport est de montrer les différences entre un réchauffement global de 1,5°C ou de 2°C, tout en soulignant que dans l’un ou l’autre des cas, les conséquences seront sévères.

Quelles sont les conséquences potentielles pour la biodiversité ?

Les scientifiques du GIEC se sont penchés sur la question de la biodiversité. En ce qui concerne la biodiversité terrestre et aquatique d’eau douce, sur 105 000 espèces étudiées, 6% des espèces d’insectes, 8% des espèces de plantes et 4% des espèces de vertébrés perdront la moitié de leurs aires de répartitions géographiques si la température globale venait à augmenter de 1,5°C. Ces aires de répartition géographique sont déterminées en grande partie par des données climatiques (température, humidité, etc.).
Dans le cas d’une augmentation de la température globale de 2°C, les pourcentages d’espèces perdant plus de la moitié de leurs aides de répartition passent à 18% pour les insectes, 16% pour les plantes et 8% pour les vertébrés. Les milieux marins seront particulièrement affectés, surtout en Arctique et sous les tropiques. En effet, la fonte complète de la banquise Arctique en été pourrait intervenir une fois par siècle pour un réchauffement global de 1,5°C et une fois tous les 10 ans avec 2°C de plus. L’augmentation de la température de l’eau de mer ainsi que son acidification à cause de la concentration en CO2 entraineraient une perte de 75 à 90% des récifs coralliens à 1,5°C et de plus de 99% à 2°C de réchauffement global. En outre, beaucoup d’espèces marines seraient contraintes de migrer vers des latitudes plus élevées.

Derrières ces chiffres, des phénomènes complexes

Ces chiffres alertent sur l’ampleur des conséquences potentielles du réchauffement climatique sur la biodiversité. Cependant, ils ne reflètent pas la diversité des situations qui se cachent derrière eux. En effet, à la complexité des relations entre les différents paramètres climatiques s’ajoute la complexité des interactions dans et entre les écosystèmes. Il existe des certitudes, comme la quasi-disparition des récifs coralliens avec +2°C à la température globale et une poursuite de l’acidification des océans. Toutefois, une partie des effets du changement climatique reste incertaine du fait des réponses variées des écosystèmes.Certaines espèces vont pouvoir migrer plus facilement que d’autres pour suivre l’évolution des conditions climatiques. D’autres vont s’adapter aux nouvelles conditions climatiques sur leurs aires de répartition actuelles. Cela dépend des différentes capacités adaptatives des espèces (diversité génétique, mobilité, robustesse, etc.). Ce qui est certain, c’est que les réponses apportées seront variables d’un écosystème à un autre, d’une espèce à une autre voire même d’une population à une autre. La conséquence principale sera la déstabilisation d’un grand nombre d’écosystèmes. Certains écosystèmes seront réorganisés puisque des proies perdront leurs prédateurs ou inversement, et d’autres types de relations s’altèreront ou seront modifiées. Un arbre perdra l’oiseau qui éparpillait ses graines ; une plante perdra son polinisateur, etc… De nouvelles espèces, invasives, peuvent arriver suite à l’apparition de nouvelles conditions climatiques qui leur sont favorables. D’autres écosystèmes verront leurs aires de répartition géographique évoluer en suivant les conditions climatiques nécessaires à leur maintien. Enfin, d’autres écosystèmes disparaitront de certaines régions, voire de la surface du globe, emportant avec eux le cortège d’espèces qui leurs sont inféodés.
Un autre facteur à prendre en compte est l’intervention humaine. Elle pourra ponctuellement amplifier ou réduire les capacités adaptatives d’une espèce.La plantation d’arbres par exemple entrainera des déplacements d’espèces potentiellement plus rapides qu’avec les processus naturels. À l’inverse, la destruction d’habitat fractionnera et isolera des populations qui seront alors plus vulnérables aux effets du changement climatique.

Le changement climatique global : facteur de bouleversements et de disparition

Les écosystèmes ou espèces les plus menacés de disparition sont endémiques, c’est à dire attachés à un territoire très précis, souvent insulaire. Les espèces avec des populations éparpillées et isolées, ou les écosystèmes et espèces en limites d’aires de répartition, sont aussi plus menacés d’extinction. Pour les espèces et écosystèmes en limite d’aire de répartition, cela signifie que la migration ou l’adaptation est impossible ou bloquée par un obstacle (une chaine de montagnes, un océan, des conditions climatiques qui n’existent plus, etc.). On peut par exemple citer la toundra arctique dont les bouleversements s’observent d’ores et déjà (fonte du pergélisol, apparition de buissons, etc.). Le cas de l’étagement altitudinale en montagne est aussi un bon exemple. Si les espèces de piémont peuvent migrer vers des altitudes plus élevées (l’alpage devient forêt par exemple), les espèces de plus hautes altitudes seront bloquées et disparaitront avec la modification des conditions climatiques aux sommets.
Le changement global va altérer, transformer complétement (passage d’un écosystème à un autre) ou pousser à la disparition de nombreux écosystèmes.Les écosystèmes les plus menacés par le réchauffement global du climat sont ceux déjà marqués par des conditions climatiques extrêmes ou des situations géographiques particulières concernées par la montée des eaux (forêt tropicales, littoraux, deltas, etc.). Cependant, pour la biodiversité, les effets du changement climatique ne forment que la toile de fond de son futur. Elle est et sera soumise à bien d’autres pressions, notamment de la part de nos sociétés : surexploitation des ressources, destruction et fragmentation des habitats, pollutions…

Des effets sur la biodiversité qui ne sont pas sans conséquence sur nos sociétés.

Si les conséquences du réchauffement climatique global seront lourdes pour la biodiversité, elles le seront tout autant pour nos sociétés. Là où s’altèreront, se modifieront ou disparaîtront certains écosystèmes, cela sera aussi le cas pour les services que nos sociétés retirent de ces mêmes écosystèmes. À titre d’exemple, la pêche en mer, qui est une activité de prélèvement de ressources produites par les écosystèmes marins, verra ses prises réduites de 1,5 millions de tonnes par an pour un réchauffement global à 1,5°C et de plus de 3 millions de tonnes par an pour 2°C. Cela n’est qu’un exemple parmi d’autres de services écosystémiques altérés par les effets du changement climatique. D’après le rapport, la santé, l’agriculture, l’aquaculture, l’approvisionnement en eau saine, l’énergie seront autant de secteurs touchés par le réchauffement climatique et ses impacts sur les écosystèmes. En outre, certaines activités humaines augmentent déjà la pression sur certains écosystèmes déjà soumis aux effets du changement climatique global. Dans le cas de la pêche en mer, la pollution et la surexploitation des stocks de poisson pourraient accélérer la destruction de certains écosystèmes marins par rapport aux prévisions du rapport du GIEC. *Il en va de même pour de nombreux écosystèmes qui subissent déjà des pressions se cumulant à celles du changement climatique global.
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Face à cette situation nos sociétés sont, d’une manière ou d’une autre, amenées à réagir. D’après le rapport, les sociétés doivent très vite trouver des pistes d’adaptation et d’atténuation.
 L’atténuation vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre ainsi que les effets du changement climatique (diminution et arrêt des émissions, stockage du CO2, etc.). L’adaptation a pour objectif de trouver des solutions pour faire avec les effets déjà ressentis ou prévus du changement climatique. Les deux pistes doivent bien sûr être menées conjointement, ne serait-ce que pour limiter le réchauffement global en-deçà des 1,5°C et pour s’adapter aux effets du réchauffement actuel d’ores et déjà inévitables.
Que cela soit pour l’adaptation et l’atténuation, notre association privilégie les solutions fondées sur la nature, bénéfiques à nos sociétés et aux écosystèmes. Cela doit être mené de manière intelligente en prenant en compte les effets des solutions mises en place sur le bilan carbone et sur la biodiversité. Dans le cas de la plantation de forêt pour stocker le carbone puis utiliser le bois comme source d’énergie, par exemple, il est important de rester vigilant au type de forêts plantées. En effet, une forêt monospécifique (une seule essence d’arbre) où les arbres ont tous le même âge et où le bois au sol est retiré, sera très pauvre en biodiversité, même si elle stockera potentiellement du CO2.

Des inégalités exacerbées

Ce rapport met également en évidence l’inégale répartition des conséquences du réchauffement climatique sur le globe. L’Afrique Subsaharienne, l’Asie du sud-est, l’Amérique latine par exemple, se verront affectées par des pertes de rendements plus importantes en céréales (maïs, riz et blé). Si toutes les régions du globe sont et seront soumises aux effets du changement climatique, les effets seront disproportionnés dans les régions polaires, arides et les petites îles, les littoraux et deltas. Le rapport souligne également que ce sont les populations qui sont actuellement les plus vulnérables, les populations autochtones, les communautés dépendant de ressources issues de l’agriculture vivrière ou des écosystèmes côtiers qui seront les plus exposées. Un grand nombre de ces populations vivent et dépendent d’écosystèmes riches et/ou uniques, eux aussi menacés par le réchauffement climatique global (récif corallien, mangrove, delta, forêts équatoriales, toundra, etc.).

Au final, ce rapport nous laisse entrevoir que le changement climatique global a et aura pour effet d’accentuer les pressions déjà en cours sur la biodiversité et d’exacerber les inégalités sociales actuelles. De nombreuses espèces animales ou végétales seront moins à même de s’adapter au changement climatique puisqu’elles subissent déjà la surexploitation ou des pollutions humaines. De même, les populations humaines les plus vulnérables sont celles qui sont déjà marginalisées ou spoliées par l’organisation de certaines de nos sociétés humaines. Se pencher sur ce rapport au regard de la biodiversité nous invite donc à repenser les conséquences du changement climatique en termes d’interdépendance entre la biodiversité et les sociétés humaines, et à imaginer des solutions qui fassent la part belle aux solidarités entre les humains et leurs milieux.

Plus d’infos : http://report.ipcc.ch/sr15/pdf/sr15_spm_final.pdf

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