14 juin 2018 ~ 0 Commentaire

Instantanéité ou réflexion ? Quand l’immédiateté rend idiot…

IMG_1518[1]Il y a pas loin de 40 ans, un de mes patrons, Directeur-Adjoint de la Recherche dans un grand groupe français, disait :

« L’interactivité en informatique rend nos chercheurs très idiots. Au temps du batch, une fois par jour, ils transféraient leurs programmes sur des cartes perforées, que l’ordinateur absorbait pendant la nuit, pour produire un résultat disponible le lendemain matin. Ils avaient alors une journée pleine de travail pour comprendre toutes les erreurs, les corriger, et analyser les conséquences possibles des corrections.

Aujourd’hui, avec l’interactif, ils peuvent corriger une erreur sans réfléchir au-delà, faire exécuter à nouveau leur programme, qui fera apparaître, quelques minutes plus tard, une nouvelle erreur, qui pourra à nouveau être corrigée sans réfléchir plus loin que le bout de son nez. » (*)

Quarante ans plus tard, grâce à l’immédiateté des « réseaux sociaux », nous sommes tous, ou presque, sur le point de devenir des animaux totalement écervelés.  Deux exemples :

  • Une députée de la France Insoumise, pour laquelle je n’ai pas grande sympathie (la France Insoumise, pas la députée, que je ne connais pas !), ose dire « qu’avec une indemnité de député, il n’est pas toujours facile de loger sa famille dans sa circonscription de province, et de payer en plus un logement à Paris », et la presse, pour faire réagir ses abonnés sur son site Internet et les réseaux sociaux, va titrer au plus vite « Mme X juge qu’on ne peut pas se payer un logement avec une indemnité de député ». Je ne suis pas certain que la dame ait raison, mais la presse a assurément tort de relayer ses propos en les tronquant ainsi.
  • le Président Macron ose dire, lors d’une réunion de travail, dont une vidéo est diffusée sur Internet (grosse erreur de communication, à mon avis !) : « Les aides sociales coûtent un max de pognon sans résultat concret. » La presse, et les réseaux sociaux, ne retiennent que la première partie de la phrase, alors que moi, je suis tenté de penser « que si cela produisait des résultats on pourrait alors, peut-être, dépenser moins … »

Ces résumés de la presse, reconnaissons-le très caricaturaux, voire même à contre-sens, génèrent instantanément des flots de réactions haineuses sur le Net, que ce soit , selon le cas, contre les amis de M. Mélenchon, ou contre ceux de M. Macron.

Le problème est que, parmi ceux qui réagissent sur le Net, bien peu nombreux sont ceux qui sont allés vérifier l’information à la source. Ils réagissent, dans l’instant, aux titres d’une presse trop racoleuse pour être totalement honnête, ou, pire, aux réactions des premiers réacteurs…

On assiste ainsi, parfois, à de délicieux détournements de sujets : la charge contre la députée insoumise, qui peste contre les loyers parisiens, pourrait ainsi dériver en une charge contre la hausse des loyers HLM (c’est vrai, ça, si les députés payaient moins cher leur HLM…) ; celle contre M. Macron et le coût des prestations sociales vient de dériver en diatribe contre le coût de la vaisselle élyséenne (heureusement, le couple ne l’a pas encore jetée par la fenêtre au cours d’une dispute) !

Ajoutez à cela que tout appel à un peu de prise de recul et de sagesse devient une sorte de provocation. Osez insinuer que le sens a peut-être été mal compris, ou restitué, et vous lirez les réactions : « Quoi, vous oseriez contredire l’avis exprimé par tous les autres ? » Ou bien encore « M’accuseriez-vous de ne pas avoir compris le contenu d’un article que je n’ai pas lu ? » quand vous ne devenez pas tout simplement « un gros connard ».

Mon constat est que le besoin, pour certains (comme la presse), et l’envie, pour d’autres, de réagir vite sur les réseaux sociaux, conduit à un appauvrissement et une perversion du débat, qui finira par nuire aussi profondément à la démocratie que les tentatives de certains états pirates d’interférer dans les élections des pays démocratiques.

J’en tire une première conclusion pratique : mes z’amis Internet qui ne savent pas prendre un minimum de recul par rapport aux informations véhiculées sur le Net ne feront plus, très vite, partisde mes z’amis… Je ne voudrais pas que mon réseau de relations les aident à véhiculer des idées perverses.

 

(*) Que les descendants et amis du regretté Paul Caseau me pardonnent ; j’ai sans doute un peu caricaturé ses propos, mais en essayant de respecter le sens général.

 

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